Présentation du CRPMS

Par Alain Vanier

La médecine en devenant scientifique a profondément remanié ses méthodes, ses principes et ses moyens d’action. Jusqu’à ce tournant, la pratique médicale ressortait d’un type d’actions d’ordre religieux, magique ou sacré. La position du médecin faisait de lui un homme d’autorité (ainsi une haute stature et une voix puissante faisaient partie des qualités requises pour le recrutement des médecins des asiles au XIXe siècle), appuyé sur des doctrines plus ou moins énigmatiques, au nom desquelles il opérait non sans savoir-faire non sans succès (bien sûr sans commune mesure avec les performances de la médecine scientifique). Cet aspect n’est certainement pas absent de la pratique d’aujourd’hui, mais il est ignoré, méconnu ou considéré comme un élément accessoire, éventuellement utile à l’observance des traitements. On peut même faire l’hypothèse que l’émergence de la psychanalyse à la fin du XIXe siècle correspond à cet abandon par la médecine de ce qui faisait la ressource psychothérapique de cette relation, place qui correspond à une fonction générique dans la culture et le lien social. On a vu ensuite apparaître tout un champ de travaux et d’actions à cette articulation entre médecine et psychanalyse (M. Balint, G. Raimbault). En effet, les médecins et leurs patients ne se réduisent pas à de purs sujets de la science. Ces relations les affectent, et ne sont pas sans conséquences diverses sur les pratiques. Que la médecine scientifique ait besoin – pour le plus grand bénéfice des malades – de cette réduction sujet de la science/corps « machine », ne retire pas l’importance et l’impact du sujet et du corps vécu. C’est ce dont témoigne la complexité des demandes adressées à la médecine tout comme le recours de plus en plus insistant à des psychologues ou à des psychiatres dans les services de médecine. Il y a donc entre médecine et psychanalyse une complémentarité de fait qu’attestent aussi bien leur histoire commune que les développements des pratiques contemporaines. C’est pour prendre en compte ce champ de recherches, que Danièle Brun a fondé en 2001, avec Pierre Fédida et Alain Vanier, le Centre de Recherches Psychanalyse et Médecine, introduisant cette thématique à l’Université pour la première fois. Les recherches entreprises ces dernières années montrent la fécondité du champ et l’intérêt d’éclairer les enjeux théoriques et cliniques qui se font jour.

Très rapidement sont apparues de nouvelles problématiques liées aux travaux engagés. Ainsi, la psychiatrie aborde aujourd’hui ce virage comme en témoigne le retour insistant de la question clinique chez les jeunes praticiens. Les questions éthiques nées en médecine des avancées techniques, bien que présentes de toujours en psychiatrie, sont relancées par les changements de l’approche clinique, et les débats épistémologiques qui émergent.

De plus, l’aspect magico-religieux de la médecine ressurgit largement dans les discours environnants où la science et la médecine scientifique, devenues de véritables phénomènes de civilisation, produisent, à leur corps défendant des énoncés qui engendrent des croyances, commandent des comportements qui, pour se fonder sur des impératifs hygiénistes, n’en sont pas moins des actes conjuratoires appuyés sur une économie de la superstition. Le retour du religieux, constatable aujourd’hui, n’est pas sans relation avec la situation d’un monde où l’avancée du discours de la science défait la dimension du sens, sans pour autant pouvoir, en tant que tel, en proposer un autre. Le droit, la réflexion éthique et philosophique, les approches anthropologiques et sociologiques nous conduisent à engager des études multidisciplinaires dans les domaines concernés.

La médecine est ainsi un lieu exemplaire, véritable paradigme extensif, pour évaluer les effets de cette avancée du discours de la science sur la subjectivité contemporaine. On les repère dans le champ des pratiques médicales : du rapport du sujet moderne à son corps ; dans la psychiatrie comme spécialité médicale où apparaît le même type de question, occultée jusque là par le retard de cette spécialité à se fonder sur la méthode proprement scientifique, trait qui se manifeste autour de débats aussi bien épistémologiques que cliniques ; dans le champ des phénomènes transculturels, quand les migrations confrontent des sujets en provenance de pays où l’incidence des retombées culturelles de la science est moins marquée que dans le nôtre, cette rencontre amplifiant de façon remarquable les effets subjectifs des discours contemporains ; dans le champ des lectures que la psychanalyse peut permettre des mutations auxquelles sont confrontées les sciences de l’homme, et, en retour, la façon dont la psychanalyse doit se repenser en fonction des changements des savoirs et connaissances d’aujourd’hui, car elle ne saurait être une discipline crispée sur ses acquis, mais bien plutôt doit-elle se réinventer à la mesure des enjeux de l’époque.

L’interdisciplinarité est par conséquent le maître-mot de notre EA. La production foisonnante des années écoulées nous conduit à prendre la mesure de l’extension des domaines concernés et des possibilités de recherches, en réorganisant cette équipe, qui s’est sensiblement développée, autour d’un certain nombre d’axes de recherches. Mais la dynamique enclenchée nous conduit à chercher au-delà de notre équipe des collaborations avec des équipes de chercheurs de disciplines affines, qui abordent ces mêmes questions avec des outils d’étude différents.

De là, se déduisent les cinq équipes internes qui constituent l’unité, et qui sont à entendre comme des axes de recherches définissant des objectifs plutôt que comme une répartition cloisonnée des chercheurs, puisqu’ils participent suivant leurs compétences et leurs projets de recherches à une ou plusieurs équipes :

1. Psychanalyse et Médecine (F. Villa)

2. Psychanalyse et Psychiatrie (C. Hoffmann)

3. Subjectivités et processus de globalisation (F. Benslama)

4. Corps, Pratiques sociales, et Anthropologie psychanalytique (P.-L. Assoun)

5. Enfance et adolescence (F. Richard)

axe émergent contrat 2014-2018 : Genre, normes et psychanalyse (L. Laufer)

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